Dimanche 29 Mai 2022
10h30 dans la salle du Mémorial de la Shoah
17 rue Geoffroy l'Asnier 75004 Paris
L'Assemblée Générale Ordinaire 2022 de l'AFMA est annoncée, avec à l'ordre du jour:
- Le mot des Présidents d'Honneur, Isabelle Choko et Albert Barbouth
- Renouvellement du Conseil d'Administration
- Rapport moral sur l'activité de l'association
- Rapport financier
- Affectation du résultat
- Quitus au Président, Bureau et Trésorier
- Montant de la cotisation 2023
- Questions diverses
Voilà une occasion de prendre ou reprendre contact avec l'association et d'en partager les activités et les projets.
Vous êtes chaleureusement invité.es à nous y rejoindre.
Allocution de BERNARD GRINFELD
Cérémonie commémorative du souvenir des victimes et des héros de la Déportation
Samedi 23 avril 2022 - Gare de Bobigny
Nous sommes rassemblés cet après-midi pour commémorer la journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation.
L’oubli, la banalisation de l’horreur, de la violence, de la déshumanisation de la guerre, instrumentalisation de la peur, du rejet de l’autre sont des dangers réels qui menacent l’humanité.
Ils étaient des millions à disparaître dans l’enfer des camps de répression et d’extermination.
Très peu sont revenus.
En France à la libération, ils ne pesaient pas lourds les rescapés à l’hôtel Lutetia.
Ils étaient abordés une photo à la main "vous avez connu?...". Mais comment dire la vérité. Il fallait ménager les uns ou affronter la fuyante indifférence des autres. C’est forcément arbitraire, subjectif. Mais je voudrais aujourd’hui évoquer avec vous la mémoire d’un homme qui aurait 100 ans cette année: Charles Palant.
Il aimait citer Jean Jaurès qui disait: "la fidélité aux morts, ce n’est pas de porter leurs cendres, c’est brandir leur flambeaux".
En effet, si nous parlons aujourd’hui des camps, ce n’est pas pour nous enfermer dans je ne sais quel "ghetto de la mémoire" mais comme Jean Jaurès et comme Charles Palant, c’est pour mieux mener nos combats d’aujourd’hui pour l’égalité, la justice et l’émancipation et contre les discriminations.
"C’est aussi pour rendre la vie plus belle" comme disait Charles. Et justement, dans sa vie à lui un événement historique est associé à chaque étape.
Il apprend à marcher aux coté de son père dans les défilés au mur des fédérés.
A neuf ans, il apprend à Belleville, à l’école de la République, qu’en France: "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". Or les fils d’immigrés étaient nombreux. Leurs pères étaient venus offrir leurs bras à la reconstruction de la France «victorieuse» mais restée exsangue en ruine et veuve d’un million et demi de jeunes hommes tombés dans les tranchées.
Il y avait quarante élèves par classe. Les noms des premiers étaient souvent difficiles à prononcer. Mais ajoutait il les fortes minorités d’immigrés n’ont jamais été un obstacle à l’avancement de tous.
Ses parents à lui venaient de Pologne, fuyant misères et pogroms
Son père, jeune militant anarchiste avait connu la prison tsariste. A Paris il avait pris part à l’activité syndicale encore marquée par la tradition libertaire.
En 1933, à 44 ans il est frappé par une maladie que l’on ne savait pas encore guérir et Hitler devient chancelier du Reich à la suite d’élections.
Le petit Charles obtient son certif, en 1934 l’année ou les militants de gauche se mobilisent pour empêcher le colonel De La Roque et les groupes factieux qui l’entraînent, et d’installer dans notre pays un régime semblable à ceux de l’Italie et de l’Allemagne.
En 1935 il doit quitter l’école. Il deviendra ouvrier maroquinier.La classe ou il apprendra sera désormais la classe ouvrière. C’est cette année là que fut signé le pacte d’action entre socialistes et communistes.
L’année suivante, après le ralliement des radicaux le pacte se transforme en Front populaire pour le pain, la Liberté et la Paix. Léon Blum gagne les élections législatives. De grandes grèves débouchent sur les accords de Matignon.
En même temps que les 40h et les congés payés, Charles devient à 15 ans délégué syndical.
En Espagne les généraux félons Franco, Mola, Queipo de Llano trahissent la République pour installer un régime tyrannique qui durera 40 ans.
Puis débute le cycle des lâches abandons face à Hitler qui entraînera la guerre.
En France, après la débâcle du gouvernement de Vichy, aussitôt installé congédie la République, abolit les libertés publiques, dicte le statut des Juifs contre lesquels il commettra l’irréparable et ouvre une cruelle chasse aux résistants.
Pour Charles, ce pouvoir de la collaboration avec les nazis est celui de la revanche sur la Révolution française et les droits de l’homme.
Il s’engage dans l’action clandestine.
Après le second statut des Juifs en 1941, il franchit la ligne de démarcation et s’établit avec sa mère et sa sœur à Lyon.
En 1943, il sera dénoncé. Toute la famille sera arrêtée par la Gestapo et incarcérée à la prison de Montluc puis transférée à Drancy.
C’est par convoi n°60 comprenant 1000 juifs qu’ils seront déportés à Auschwitz.
Le train quitta la gare de Bobigny le 7 octobre 1943 à 10h30.
491 personnes furent immédiatement gazées à l’arrivée parmi lesquelles la mère et la soeur de Charles. 340 hommes furent sélectionnés pour le travail forcé dans les usines d’IG Farben à Buna-Monowitz (Auschwitz III).
Il y restera 650 jours, près de deux ans. Dès lors, pour les nazis, il n’était plus Charles Palant mais le matricule 157 176.
Devant l’avancée des troupes de l’armée rouge il sera évacué dans les marches de la mort qui le conduisirent à Buchenwald.
Il rentrera en France le 29 avril 1945 pour les élections municipales ou pour la première fois en France la meilleure moitié du pays fut appelé à voter.
Il ne se considérait pas comme un héros. Sa survie, il la devait à la chance mais surtout à son goût de vivre. Aucun kapo ou SS n’avait réussi à lui faire plier la nuque. Sa seule arme c’était la dignité et le combat pour la vie avec parfois, y compris dans les heures les plus sombres l’aide de l’humour.
Depuis l’école et tout au long de sa vie il s’est appelé Charles: Seule Fajga, sa mère avait le droit de l’appeler autrement. Mais sur la liste du convoi des déportés ce n’est pas Charles mais Shaia qui est inscrit.
Après la guerre il racontait avec un brin d’humour qu’à cette époque il n’y avait pas de cellule psychologique en cas de catastrophes. Les partis pouvaient en faire fonction.
C’est à Buchenwald qu’il adhéra au parti communiste.
En 1949 il fonda avec d’autres le Mouvement contre le Racisme et l’Antisémitisme et pour la Paix (MRAP).
Le 26 mai il déclara sur le plateau des Glières: "J’ai consacré toute ma vie à la dénonciation et au combat contre le racisme, contre tous les racismes; le racisme obtus des imbéciles, celui coriace des méchants, le racisme intéressé de ceux qu’en font un fond de commerce politique ou électoral pour détourner aujourd’hui sur les immigrés comme naguère et toujours sur les Juifs, les angoisses et la colère de trop de nos contemporains que l’injustice sociale accable; le racisme des fanatisés qui s’en viennent jusque dans la cour de leur école assassiner des enfants".
Mesdames et messieurs,
L’expérience montre que les valeurs républicaines et démocratiques peuvent être affaiblies et remises en cause y compris par les urnes. Il est clair que nos associations n’ont pas vocation à faire des choix politiques partisans.
Cependant une de nos raisons d’être est de travailler au quotidien sur la mémoire du passé pour œuvrer à éclairer le présent afin de mieux servir la fraternité.
Aussi, dans les circonstances présentes nous sommes-nous associés à une tribune qui a publiée sur le site de Libération et que vous pouvez consulter sur notre site afma.fr.
Le vote de demain est le meilleur moyen d’éviter l’accès au pouvoir d’un régime intolérant et qui menace notre état de droit.
Comme le disait Aragon:
« Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui songe à ses querelles
Fou qui fait le délicat»
A l'approche d'une échéance électorale décisive, l'AFMA s'est associée à 14 institutions et associations mémorielles partageant les mêmes inquiétudes, premières signataires d'un appel, publié sous forme de tribune par le quotidien Libération:
L'Histoire alerte le présent
A quelques jours du second tour d’élection présidentielle cruciale pour notre pays, nous, Mémoriaux et institutions mémorielles engagées dans la transmission de l’histoire pour la compréhension du présent, souhaitons partager la grande inquiétude des témoins et acteurs des drames de notre passé, anciens résistants, combattants et déportés qui ont vécu l’expérience historique des années 30, ainsi que des personnalités de tous horizons, chercheurs, artistes, enseignants… qui nous aident à transmettre la mémoire des crimes contre l’humanité de notre histoire, qui voient monter à nouveau la xénophobie, le nationalisme, les racismes et l’antisémitisme, et le négationnisme. Avec leurs menaces contre les libertés et la paix civile au sein de la société française.
Nous appelons donc l’attention de nos concitoyens sur le risque majeur qui pèse sur notre démocratie.
L’impensable a déjà été possible. Aujourd’hui, ne rien faire, c’est laisser faire.
Menace grave de la paix civile
Nos institutions mémorielles n’ont pas vocation à faire des choix politiques partisans. Mais nous sommes concernés par les grands choix sociétaux car nous œuvrons quotidiennement, par notre travail tourné vers la connaissance de l’histoire comme manière d’éclairer le présent, pour servir la fraternité pour aujourd’hui et pour demain.
L’histoire montre en particulier que les valeurs républicaines et démocratiques de liberté, d’égalité et de fraternité peuvent être affaiblies voire remises en cause par l’extrémisme et les intolérances, y compris par les urnes, et que le rejet de l’autre est un moteur puissant de ce processus. Car il exacerbe les tensions d’une société jusqu’à menacer gravement la paix civile et l’Etat de droit lorsque des slogans d’exclusion sont transcrits dans des textes juridiques.
Nous devons agir autrement
Dans l’histoire, beaucoup d’électeurs n’ont pas imaginé l’enchaînement des actions et réactions que leur vote ou leur abstention ont déclenchées, ni jusqu’à quelles extrémités peut conduire une tentation autoritaire. Cette histoire-là est hélas aussi une histoire française. Les régimes autoritaires ont déjà été «essayés» et ont conduit à aggraver le sort des peuples en colère qui leur avaient confié leur protection. Aujourd’hui, nous le savons, et nous devons agir autrement.
Dès lors, nous considérons qu’il relève de notre mission d’intérêt public de nous adresser à nos concitoyens pour leur dire qu’aujourd’hui l’histoire alerte le présent, et que le vote républicain et démocratique le 24 avril est le meilleur moyen d’éviter l’accès au pouvoir d’un régime intolérant et extrémiste et de ses dérives autoritaires et mortifères.
Premiers signataires : Amnésie internationale ; l’association nationale Résister aujourd’hui ; Amis du lieu de mémoire du Chambon-sur-Lignon; Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane ; Fils et Filles de déportés juifs de France ; Fondation du Camp des milles-mémoire et éducation ; Fondation pour la mémoire de l’esclavage ; Association Fonds Mémoire d’Auschwitz ; Mémorial du camp de Gurs ; Mouchard-Zay Hélène, fondatrice du Cercil musée-mémorial des enfants du Vel-d’Hiv ; Musée de la Grande Guerre ; Musée-mémorial des enfants d’Izieu ; Œuvre de secours aux enfants ; Recherche et Enseignement de la Shoah (Ares).
Le 27 Mars 1942, partait de Compiègne le premier convoi pour Auschwitz
Isabelle CHOKO , Présidente d'Honneur
Albert BARBOUTH , Président d'Honneur
et le Bureau de l'AFMA
vous prient d'honorer de votre présence le dépôt de gerbe
Dimanche 27 mars 2022 à 11 heures, devant le monument de la Cité de La Muette.
116 Avenue Jean Jaurès à Drancy
Nous n’oublions pas qu’il y a 80 ans, après les arrestations de l'été 1941, un premier convoi de 1112 personnes partait de Compiègne où se trouvaient un millier de juifs arrêtés en Décembre 1941 à titre de représailles. Plus de la moitié des 1112 personnes étaient des internés de Drancy, extraits du camp et amenés à Compiègne pour constituer ce premier convoi pour Auschwitz, parti le 27 Mars 1942.
À l’occasion du 80ème anniversaire d'une année 1942 particulièrement tragique, marquée le 27 Mars 1942 par ce premier départ de Compiègne vers Auschwitz, suivi cette seule année-là par 42 autres convois menant à Auschwitz près de 42 000 juifs français ou étrangers, auquel il faut encore ajouter les 17 convois partant de Malines (Belgique) où les juifs du Nord de la France étaient internés, l’AFMA organise un dépôt de gerbes avec prises de parole.
Nous avons été honorés par la présence des représentants officiels, élus et associations:
- Mme PEAUCELLE DELELIS, Directrice générale de l'Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre
- Mme HADJ-BOAZA, Directrice de l'office départemental des ancien combattants et victimes de guerre
- M. Stéphane PEU, Député de Seine-Saint-Denis
- M. Rolin CANOLY, Maire de Gagny, Conseiller Départemental
- Anthony MANGIN, Premier Adjoint au Maire de Drancy
- Mme Emma DEVEAU, Conseillère Municipale de Bobigny, déléguée à la mémoire et aux anciens combattants
- Mme Carine PICARD NILÈS, Conseillère Municipale de Drancy, Présidente du groupe "Ensemble", Présidente de l'Amicale de Châteaubriant-Voves-Aincourt-Rouillé
- M. Michael JACQUINOT, de la Maison du Combattant de Romainville représentant le maire de Romainville M. François DECHY
- M. Claude NILÈS, Amicale de Châteaubriant-Voves-Aincourt-Rouillé
- M. Thierry BERKOVER, Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation 93 et les Amis du Musée de la Résistance de Champigny sur Marne
- M. Marcel MILLET et Mme Françoise BUFLAY, Président Délégué de l'UFAC et secrétaire générale adjointe
- Mme Tauba ALMAN, Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide
Nous saluons aussi,avec MM. MILLET, DEBAILLY et MANGOU, la présence nombreuse des porte-drapeaux des diverses associations d'anciens combattants.
Discours de Bernard Grinfeld, Président de l’AFMA, prononcé par Henri Blotnik, secrétaire général adjoint
Nous sommes réunis à l’occasion du 80ième anniversaire du premier convoi de Juifs parti de France pour Auschwitz. L’histoire de ce transport très particulier mérite que l’on s’y attarde un instant.
En 1941, les Juifs étrangers sont discrètement mais sournoisement raflés par la police française, le 14 mai. Une simple convocation leur a été adressée. Les hommes arrêtés sont internés à Pithiviers et Beaune la Rolande. Du 20 au 24 aout, c’est dans les rues de Paris que les hommes de toutes nationalités, sont arrêtés , toujours par la police française assistée de la Feldgendarmerie, en représailles aux attentats de la Résistance contre l’occupant. Ils sont internés ici même. C’est à partir de ce moment que ce camp sera réservé aux Juifs.
Le12 décembre, les Juifs, essentiellement français, «notables», intellectuels et professions libérales sont arrêtés au petit matin à leur domicile par des policiers allemands assistés par la police française. Ils sont rassemblés à l’École Militaire, puis conduits à Compiègne, dans la caserne Royallieu. Là, ils sont séparés des résistants, militants politiques et syndicaux et, internés dans une aile spécifique, que l’on appellera le camp C ou le camp des Juifs. Les conditions de détention y seront épouvantables, comparables à celles des premiers temps à Drancy. La faim et le froid entraîneront la mort de beaucoup d’entre-eux. Le 14 décembre, les hommes de l’hôtel Majestic (le MBF, Commandement Militaire Allemand en France) font savoir par voix d’affiches que les Juifs sont frappés d’une amende d’un milliard de francs, que «cent Juifs, communistes et anarchistes seront fusillés» et qu’un «grand nombre d’éléments criminels judéo-bolchéviques seront déportés.. ». Le jour même les otages sont sélectionnés à Drancy et au camp A de Compiègne . Ils seront fusillés le lendemain au mont Valérien.
De fait, le commandant militaire Otto von Stülpnagel anticipant les décisions qui seront prises le 20 janvier suivant, à Wannsee, veut organiser au plus vite les déportations . Mais il se heurte à des problèmes de logistique. Les responsables des transports à Berlin lui signifient qu’il ne pourra pas avoir de train avant plusieurs semaines. Il ordonne donc à Théodore Dannecker chef SS du service de sécurité du Reich (Sipo-SD) de garder les prisonniers. Bien entendu, ceux-ci ignorent la destination qui les attend. Les responsables nazis, en revanche, Savent parfaitement ce qui se trame à Berlin.
Le 27 mars, le convoi se forme à la gare de Drancy-le Bourget avec des wagons de voyageurs. Avant de parvenir à Auschwitz, il passera à Compiègne prendre les internés.
Sur les deux sites, le scénario du départ est le même : après la sélection des hommes qui tiennent encore debout , après leur avoir tondu les cheveux et coupé les barbes, on rassemble les partants pour un appel interminable, c’est le départ à pied pour la gare, escortés par une soixantaine de gendarmes, accompagnés de Theodor Dannecker, lui-même, qui fera fonction de chef de convoi jusqu’à destination. Beaucoup de ces hommes, déjà affaiblis par trois jours de voyage et par de longs mois de détention en France, mourront dans les premières semaines. A la libération il n’y eu que 19 survivants sur 1112 déportés.
Avec Compiègne, les autres camps et prisons de France; en Seine-Saint-Denis, le Quai aux bestiaux de Pantin, le Fort de Romainville, la Gare de Drancy - Le Bourget, ce camp de Drancy; les lieux et les drames de la déportation, de répression ou d’extermination, doivent être toujours rappelés.
Aujourd’hui nous sommes engagés à diffuser la mémoire de ces faits, effort encore nécessaire face aux falsificateurs de l’Histoire et à la montée de la haine. C’est dans les pays où l’on ne regarde pas l’histoire en face et où le travail de mémoire est insuffisant que se produisent les catastrophes.
Nous comptons sur vous tous pour nous aider à lutter contre l’antisémitisme et toutes les formes de racisme et faire vivre la mémoire, toutes les mémoires, de façon républicaine afin d’assurer à nos enfants un monde de Paix et d’amitié entre les peuples.
Discours de Mme Dellac, vice-Présidente du Conseil Départemental de Seine-Saint-Denis
Il y a 80 ans, le convoi N°1…
Ce dimanche 27 mars, j’étais au côté de nombreuses associations mémorielles et d’élu.e.s, pour rendre hommage aux 1112 juifs partis par le premier convoi de déportation de la gare de Drancy-Le Bourget vers Auschwitz . J’y ai pris la parole à l’invitation de l’Association Fonds Mémoire d’Auschwitz:
«Nous sommes aujourd’hui réunis pour nous souvenir ensemble du convoi N°1, premier convoi de déportation des juifs de France, organisé par Théodore Danneker, responsable des affaires juives de la Gestapo avec la complicité active de l’État français.
Il y a 80 ans, 1 112 hommes sont partis le 27 mars de la gare de Drancy- Le Bourget pour être déportés à Auschwitz où ils arrivèrent 3 jours plus tard. 19 d’entre eux seulement en sont revenus.
Dès l’été 1941, la Cité de la Muette était devenue le maillon logistique central d’abord de l’internement, puis de la déportation des Juifs.
L’année 1942 fut le début de la déportation systématique, organisée et massive des Juifs de France, précédée par les rafles qui avaient démarré dès mai 1941 – d’abord des juifs étrangers – puis, à partir de décembre 1941, des juifs français. En 6 mois, entre mars et novembre 1942, c’est 43 convois qui partirent de France conduisant 42 000 juifs vers les camps d’extermination puis, jusqu’à l’été 1944, ce furent au total 76 000 juifs qui furent déportés de France. Seuls 2500 d’entre eux revinrent.
Il aura fallu beaucoup de temps pour que la responsabilité de l’État français soit reconnue par le Président Chirac en 1995.
Rappelons-nous du film d’Alain Resnais, Nuit et Brouillard, sorti en 1956 qui connut la censure d’État parce qu’on y voyait un gendarme français montant la garde d’un camp d’internement du Loiret, à Beaune la Rolande.
De la même manière, 7 ans plus tard, en 1963, la très belle et émouvante chanson du même nom, écrite et chantée par Jean Ferrat, connut également la censure, avec ordre de ne pas la diffuser sur les ondes. Jean Ferrat, né Jean Tenenbaum, dont le père immigré juif russe partit de Drancy pour ne pas revenir d’Auschwitz.
Il faut du temps à la vérité pour qu’elle trace son sillon, que la réalité des choses soit énoncée et reconnue, pour qu’enfin l’Histoire puisse se faire jour.
Aujourd’hui, les passeurs de mémoire, celles et ceux qui sont revenus de l’horreur absolue, ont disparu à leur tour.
Aujourd’hui ne restent que les bâtiments, camps d’internements, gares de déportation, pour témoigner de ce que furent les derniers espoirs et le désespoir, la combativité aussi de ces milliers d’hommes, de femmes, d’enfants qui allaient être assassinés et disparaître parce qu’ils étaient juifs.
Ces témoins silencieux livrent parfois des secrets poignants, comme les graffitis découverts sur 76 carreaux de plâtre trouvés ici même à la Cité de la Muette lors de la rénovation des huisseries en 2009.
C’est pourquoi le Département, avec ses services du patrimoine contemporain et des archives prête une attention particulière au classement et à la conservation de ces bâtiments témoins ; à leur valorisation auprès du plus grand nombre et des jeunes en particulier, parce qu’après les témoignages directs des rescapés et la transmission de leur histoire, le devoir de mémoire demeure plus que jamais à l’ordre du jour.
A cet égard, nous sommes attentifs aux travaux de restauration portés par Seine-Saint-Denis Habitat à la Cité de la Muette et je me réjouis de l’ouverture à venir de la gare de déportation de Bobigny, dont les travaux sont en cours d’achèvement, comme j’ai pu le constater vendredi dernier avec un certain nombre d’entre vous lors du comité de pilotage qui nous a réuni. Donner de la dignité aux lieux pour rendre leur dignité aux femmes, aux enfants, aux hommes qui y ont été internés et en sont partis.
C’est le préalable indispensable au travail mémoriel, que nous menons au côté des associations, des villes, des collectivités, du Ministère de la Culture, de la DRAC et du Ministère des armées. Et bien sûr, avec Seine-Saint-Denis Tourisme, notre agence de développement touristique, qui joue un rôle important avec sa plateforme exploreparis pour faire connaître et valoriser ces lieux de mémoire auprès du grand public.
Nous avons enfin à cœur de travailler avec les jeunes, avec les collégien.e.s, «Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez» écrivait J. Ferrat, car ce devoir de mémoire et de compréhension de ce qui s’est joué il y a 80 ans est l’enjeu d’une terrible actualité, au regard de la banalisation de la haine raciste et antisémite. Le négationnisme est toujours de mise, porté par un candidat à la Présidence de la République. En ces temps de crise, la transmission est indispensable pour combattre ces idées abjectes et assécher le terreau qui prospère sur la méconnaissance et la désespérance.
Les parcours culturels que nous menons dans les 130 collèges du Département, le dispositif Agora dédié à la liberté d’expression et aux médias dans le cadre du dispositif d’éducation artistique et culturelle, ont vocation à permettre aux jeunes de se forger un esprit critique indispensable à la compréhension du monde.
Discours de Mme Tauba ALMAN, pour l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les représentants d’anciens combattants,
Chers amis,
J’interviens ce matin au nom de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide, dont nous célébrerons l’an prochain le 80e anniversaire. L’UJRE est en effet née, sous l’Occupation, de la réunion de toutes les organisations clandestines de la section juive de la M.O.I., de la zone Sud à la zone Nord, organisations résistantes créées par le mouvement Solidarité en 1940.
La Main d’Oeuvre Immigrée (MOI) avait été créée par le Parti Communiste Français pour organiser les « étrangers » par groupes de langue. Cette langue, pour la section juive, c’était le yiddish, que parlaient ces juifs d’Europe de l’Est immigrés en France. La France qu’ils avaient choisie comme étant la patrie de la Révolution, de la Commune de Paris, des droits de l’homme...
Leur vécu des persécutions antisémites dans leurs pays d’origine, ne les rendait que plus sensibles au fascisme naissant, dès 1933, en Allemagne, puis se développant en 1936 en Espagne. C’est tout naturellement qu’ils s’engagèrent dans les Brigades internationales (compagnie Botwin) et dans les luttes du Front populaire, contre le fascisme.
Comme je l’ai déjà dit, c’est dès les premiers jours de septembre 1940 que fut créé le mouvement Solidarité, première organisation de résistance juive ; Résistance tant armée, au travers de ses groupes de combat, que civile au travers des actions de sauvetage des enfants juifs, par l’organisation de leur cache dans la France entière, et d’alerte de la population, pour échapper aux rafles. Alerte donnée par sa presse clandestine en yiddish, en français, tracts, papillons… des dates de rafles, des appels à la résistance,...
Puis, dès octobre 40, c’est le Statut des juifs qui restreint leurs libertés et crée l’obligation de se faire recenser. C’est l’ouverture à l’été 41 de la Cité de la Muette, à Drancy où nous nous trouvons, camp d’internement placé sous la responsabilité du préfet de police de Paris qui accueillera les premiers internés juifs raflés à Paris en août 1941 : 4 230 hommes dont 1 500 Français.
C’est aussi, en juin 41, l’ouverture du camp de Royallieu, à Compiègne, le seul en France à être géré directement par le service de sécurité allemand, ouvert pour accueillir, je cite, des « éléments ennemis actifs ». Il s’agissait de résistants, militants syndicaux et politiques, juifs, ressortissants étrangers, civils pris dans des rafles.
Dans ce camp, les 743 « notables », arrêtés à Paris, le 12 décembre 41, s’interrogent : qu’est-ce qui dans leur comportement a pu motiver leur arrestation ? Français, notables, médaillés de la
Première Guerre mondiale, militaires démobilisés, ils se sentaient à l’abri, les Allemands et les autorités françaises ayant tout fait pour faire croire à la population que seuls les immigrés seraient visés…
Comme tous les autres internés, ils durent subir l’horreur de la barbarie hitlérienne, nourriture insuffisante, latrines répugnantes, sommeil sur paillasses infestées de vermine, température glaciale… effroyables conditions causant des morts si nombreuses qu’il fallut, pour compléter le premier train à partir pour Auschwitz, ce convoi n°1 qui nous réunit aujourd'hui 80 ans jour pour jour après son départ, le compléter pour moitié par des juifs immigrés provenant de Drancy.
Seuls 19 survivants reviendront sur les 1 112 hommes partis ce 27 mars 1942… Ce convoi n° 1 inaugurait la série des 79 convois qui déportèrent 75721 (75000) Juifs de France et dont seuls 2566 (2500) reviendront.
Ne pas permettre le renouvellement de ces crimes, en luttant contre l’antisémitisme et toutes les formes de racisme, tel demeure le but de notre Union. Nous l’assumons à travers nos prises de position et nos publications, ainsi que par notre participation aux cérémonies mémorielles, comme celle d’aujourd’hui.
Transmettre à notre époque la connaissance et le sens de l’engagement républicain, faire vivre les mémoires, commémorer le passé sert à écrire l’avenir, cet avenir qui aujourd’hui nous inquiète.
Nous continuons, nous continuerons d’être vigilants.
17ème Festival La Résistance au cinéma en Seine-Saint-Denis
du 10 Mars au 27 Mars 2022
L’association des Amis du Musée de la Résistance nationale de Seine-Saint-Denis a pour but d’entretenir et de valoriser la mémoire de la Résistance à l’occupant nazi et au régime de Vichy. Sous l’égide du Musée de la Résistance nationale de Champigny sur Marne, ce festival annuel «La Résistance au cinéma » en Seine-Saint-Denis s’adresse au grand public et plus particulièrement aux scolaires, avec l’appui des directrices et directeurs de salles de cinéma ainsi que des structures culturelles municipales du département.
Cette 17e édition du festival s’organise avec de nombreux partenaires : la délégation de Seine-Saint-Denis des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, le Musée de l’Histoire vivante de Montreuil, l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt, les Archives départementales, l’Association Républicaine des Anciens Combattants de Seine-Saint-Denis, l’Association Nationale des Anciens Combattants et Le Patriote Résistant.
Elle est soutenue par le Conseil départemental, la Direction des Services départementaux de l’Éducation nationale de Seine-Saint-Denis, Est-ensemble et Seine-Saint-Denis Tourisme.
Chaque projection se prolonge par un débat avec des intervenants historiens, passeurs de mémoire, responsables d’associations, du monde du cinéma, etc. La billetterie des séances scolaires est prise en charge par l’association des Amis de Musée de la Résistance nationale de Seine-Saint-Denis.
Sabine Pesier, Présidente de l’association des Amis du Musée de la Résistance nationale de Seine-Saint-Denis.