15/01/2009: Collège Alphonse Daudet de Draveil (Essonne)

Professeurs: Mme Breton et Mme Bisson (ces professeurs ont participé au voyage à Auschwitz d’avril 2008).



Mr Lehrer et les collégiens de Draveil (Essonne)

Vous trouverez ci-dessous le travail que leurs élèves ont effectué à la suite de leur visite et le témoignage de Mr Léon Lehrer.

Dans le cadre de leur travail « Les jeunes, des acteurs essentiels pour la paix » dont le 2ème thème porte sur « Les enfants et les adolescents dans la Déportation », les élèves de 3ème du collège Daudet de Draveil, ont eu l’honneur de rencontrer, dans les locaux de l’AFMA à Drancy, Monsieur Léon Lehrer, ancien déporté d’Auschwitz.  Ils ont recueilli son témoignage afin de transmettre son Histoire à leurs camarades afin que les générations futures n’oublient jamais cette sombre période de notre histoire:

"A 89 ans, je veux continuer à témoigner pour faire comprendre aux jeunes la barbarie des nazis.  Je suis toujours aussi révolté contre toute forme de  fascisme.

 Je suis né en 1920 à Paris de parents juifs.  En 1942, devant la menace de grandes rafles, je pars rejoindre mes sœurs à Toulouse en zone libre, mais, fin Novembre, l’Allemagne envahit le sud de la France. Un an plus tard, peut être à cause d’une dénonciation, je suis arrêté avec une de mes sœurs par la Milice française, incarcéré à la prison Saint Michel, puis transféré à Drancy. A cette époque, ce camp est formé de  grands bâtiments dont les « chambres » n’ont ni porte, ni fenêtre ce qui est difficilement supportable avec le vent glacial de l’hiver ; et le sol est encore « brut de béton ».

En Janvier 1944, alors que je n’ai que 23 ans, je suis déporté pour « je ne sais où en Pologne ». Dès la gare de Bobigny, je découvre la barbarie nazie, j’assiste à un premier assassinat. Tandis que les gendarmes français poussent très brutalement les déportés dans des wagons à bestiaux, un soldat nazi tue à coup de crosse une petite fille sortie du rang pour ramasser sa poupée qu’elle avait fait tomber, puis exécute la mère d’un coup de fusil.

Le voyage en train est un enfer. Nous sommes entassés à 60 ou  80 par wagon, debout, sans pouvoir bouger ni évidemment nous asseoir. Nous manquons d’air, de lumière. Nous avons trop chaud  car nous sommes très couverts (il ne faut pas oublier que c’est l’hiver), et la soif commence à nous torturer. A cela vient s’ajouter la puanteur : chacun fait ses besoins là où il est (il n’y a pas de toilettes, évidemment).  Peu à peu le silence s’installe car on ne peut plus parler (notre langue semble épaissie) ni pleurer (nos larmes se sont taries). Nous avons l’impression de mourir sur place. A ma grande honte, pour pouvoir me reposer, je m’assois, comme les autres,  sur ceux qui tombent par terre !  Je rêve de pouvoir remuer et respirer !

Au bout de 3 jours et 2 nuits, le convoi s’arrête et la porte s’ouvre.  C’est une vision d’apocalypse ! Il fait noir et très froid (peut être moins 10 ou moins  20°) ! Des projecteurs balaient le quai d’une lumière violente et le sol est recouvert d’un tapis blanc. La neige pénètre en bourrasques dans nos wagons. On entend des cris et des aboiements. Ce sont les SS qui se rapprochent. Ils tiennent leurs chiens en laisse et nous donnent des ordres que nous ne comprenons pas.  Ceux qui peuvent encore faire un effort sautent sur le quai enneigé, les autres sont mordus par les chiens et jetés dehors par les nazis.

Un interprète nous informe que nous devons nous séparer en 2 groupes : les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre. Les cris et les pleurs recommencent car les familles ne veulent pas se séparer mais le commandant donne des coups de trique et lâche les chiens sur ceux qui ne veulent pas obéir. Les femmes et les enfants sont donc obligés de monter le plus vite possible dans des camions. On ne les reverra plus.

Les hommes eux-mêmes sont séparés en deux groupes. Seuls les jeunes sont « sélectionnés » et doivent  partir à pied. Pour nous faire avancer rapidement, alors que nous sommes complètement épuisés et frigorifiés, les soldats nous donnent des coups de schlague. Nous essayons en cachette de manger de la neige pour nous désaltérer mais nous avons toujours aussi soif. Au bout de deux heures, nous arrivons dans un grand champ de neige pas très loin d’une longue baraque. Nous devons nous mettre complètement nus dehors, dans le froid. C’est à ce moment que je reçois mon premier coup de crosse…car j’avais gardé mes lunettes ! Le sang coule sur mon visage, je ne vois plus de l’œil droit. J’ai toujours la cicatrice !

Des déportés en pyjamas rayés arrivent alors pour ramasser nos affaires, et nous font entrer dans le bâtiment. On nous donne l’ordre de monter sur un banc et d’autres pyjamas rayés nous rasent des pieds à la tête. Puis, on nous demande de nous asseoir et de tendre le bras gauche : nous sommes tatoués. Le numéro que je dois maintenant connaître par cœur en allemand est le 172 749… mais je ne l’apprends pas assez vite pour obtenir le café chaud qui nous est distribué après.

Nous recevons un pantalon, une veste, une paire de sabots, et un bout de tissu (avec notre numéro) que nous devons coudre mais nous n’avons ni fil ni aiguille !  On nous emmène ensuite dans notre baraque. Le chef de block, un interné de droit commun, hurle qu’il faut toujours obéir très vite à ses ordres et pour que nous comprenions bien ses dires frappe comme un sauvage avec son gourdin un pauvre type qui n’avait rien fait, avant de l’étrangler avec le manche d’une pelle… c’est notre premier jour à Auschwitz !

Dès le lendemain, après l’appel, je dois travailler : poser des rails en pleine campagne. Nous sommes  plusieurs pour soulever les longues pièces de fer mais c’est quand même très difficile à saisir, très lourd, et nos mains collent sur le métal froid. Je me rends rapidement compte que je ne tiendrai pas longtemps si je continue ce travail c’est pourquoi je précise à mon Blockmeister que je suis électricien. Je ne veux pas finir dans la chambre à gaz… que j’ai découverte en montant une petite hauteur près de la voie ferrée. J’ai vu un camion arriver, des femmes et des enfants s’engouffrer dans un bloc de désinfection et disparaître à jamais. J’ai vu des déportés aligner ensuite les cadavres, tondre les cheveux des femmes et prendre les dents en or. Je n’ai jamais oublié l’odeur, la puanteur ne m’a jamais quitté !

Si je m’en suis sorti c’est que, quelques jours plus tard, j’ai été appelé pour travailler à la Buna,  le centre industriel en construction. J’ai déclaré que j’étais sorti premier des Arts et Métiers (alors que je ne suis même pas bachelier mais je connaissais ce nom grâce à mon instituteur). Mais, pour vérifier si j’étais bien électricien, un ingénieur allemand m’a demandé de compléter le schéma d’une installation électrique. J’ai donné le change en suivant le tracé des fils avec un crayon à papier et en parlant tout le temps…en Français… alors qu’il ne parlait que l’Allemand. Ce mensonge m’a permis de survivre 11 mois en travaillant à l’abri et pas dehors dans la neige !

Je veux terminer cette matinée sur une très belle phrase tirée d’une chanson de Jean Gabin : "C’que j’ai appris (de la vie), ça tient en 3,4 mots : Le jour où quelqu’un vous aime, il fait très beau’. Et bien, après les camps,  je me suis marié, j’ai eu des enfants… et maintenant il y a 36 personnes que j’aime et qui m’aiment… Et vous aussi, je vous aime, les jeunes qui m’avez écouteé si gentiment".  

4/01/09 : Collège Antoine Coysevox, Paris 18ème

Professeur : Mme Lagié

2 objectifs : a) Concours de la Résistance et de la Déportation.

          b) Tournage d’un film sur l’enquête menée par des élèves sur la vie des enfants de 1940 à 1944 (cinéaste Nicolas Ribowski).

Visite du 10/12/08 : Lycée Charles François Lebrun 50200 Coutances et l’association Les Sentiers de la Mémoire :


Professeur : Messieurs Savary et Vérove


Semaine de la Mémoire du 2 au 7 mars 2009. Projet inscrit dans la continuité des travaux engagés par la Junior Association depuis l’automne 2004. C’est aussi et surtout le prolongement de l’expérience exceptionnelle vécue lors du 1er cycle de témoignages du 31 janvier au 1er février 2008.


Thèmes des témoignages : Les Ghettos – La Déportation – Les enfants cachés – Les Justes ; avec la présence de Témoins et la projection de films.