Lectures

Vous trouverez dans cette rubrique quelques ouvrages que nous tenons à votre disposition afin d'approfondir vos connaissances sur la Shoah.

 

Titres Auteurs Editeurs
Convoi N°6 Mémoires du convoi n°6 et Antoine Mercier Cherche Midi
Un Genocide en héritage Alexandre Oler Wern
Jour sans retour Kressmann Taylor Autrement
La Gare sans nom Joseph Bialot Seuil
Livrer sur demande… Varian Fry Agone
Voyage à Pitchipoï Jean-Claude Moscovici L'Ecole des Loisirs
Mémoire de déportation Jules Fainzang L'Harmattan
Chronique d'une France occupée Jean-Marie Pontant et Eric Pelletier Michel Lafon
André Berkover, Matricule A16572 François Wehrbach Editions du Colombier
Journal Hélène Berr Tallandier
Chère Edzia, chers enfants… Serge Rodgold Cercil
Anne Frank
Joséphine Poole et Angela Barrett Gallimard Jeunesse
Le Journal
Anne Frank Le Livre de Poche
Le Petit clown à l'étoile Jacques Kamb Jeunesse L'Harmattan
Des Voix sous la cendre: Manuscrits des SonderKommando d'Auschwitz-Birkenau Bensoussan / Mésnard / Saletti Calmann-Lévy
Mes Deux vies Isabelle Choko Editions Caractères
Je n'ai rien oublié Abraham Fridman Les Quatre Roses
L'Adolescence d'un juif d'Algérie Gabriel Bénichou L'Harmattan
Rive de cendre Ernest Vinurel L'Harmattan
La Shoah   Milan Jeunesse
Si c'est un homme Primo Lévi Pocket (Julliard)
Un Poulbot à Pitchipoï Léon Lehrer Editions Causette
Triangles rouges à Auschwitz Claudine Cardon-Hamet Autrement
Jawischowitz annexe d'Auschwitz 45 Déportés et 8 mineurs polonais témoignent AFMA
Drancy Union des Déportés d'Auschwitz  
Auschwitz Amicale des déportés d'Auschwitz et des camps de Silésie
L'Allemagne nazie
Corinne Maier Les Essentiels Milan
Se Souvenir pour construire l'avenir Comité de la rue Tlemcen Editions du Colombier
Les Français sous Vichy et l'Occupation Pierre Laborie Les Essentiels Milan
L'Univers du sculpteur Shelomo Selinger Ferré
Les Camps de la mort
Shelomo Selinger Editions d'Art
Diversification Oscar-Pierre Hardy AFMA
Ma Vie en raccourci… Jo Nisenman  
Je n'ai fait que mon devoir Roger Belbéoch Robert Laffont

 

Le scénariste de comics américain Greg Pak qui nous avait livré Magneto Testament en 2008 revient avec les origines
de Crâne Rouge (Red Skull en VO). Avant qu'il ne devienne le bras-droit d'Hitler ou encore le pire ennemi du super-héros Captain America, Johann Schmidt fut un enfant allemand comme les autres. Enfin presque...
 
Alors que l'Allemagne est humiliée par le Traité de Versailles et ruinée par le crise de 1929 le jeune Johann, abandonné à la naissance et trimballé de familles d'accueil en orphelinats le parti national-socialiste se fait progressivement une réputation.
Alternativement anarchiste, hors-la-loi, communiste, puis membre des jeunesses hitlériennes, le jeune Johann, dénué d'une vraie personnalité, n'aura pour but, les circonstances de sa vie et le contexte de son pays aidants, que de survivre...
Jusqu'où ira-t-il? L'ambition la conduira-t-il à devenir... le Mal Incarné?
 
Entre-coupée de vrais événements historiques comme l'avènement d'Hitler, la fin de la démocratie, l'incendie du Reichstag, les premières lois antisémites, cette BD fait froid dans le dos car elle montre à quel point le désespoir des Allemands les a fait choisir l'horreur plutôt que la dignité ...
 
Ci-dessous les couvertures des 5 numéros de cette mini-série parue aux USA entre juillet et novembre 2011.
Version française chez Panini Comics France courant 2012.
 
A noter une apparition en clin d'oeil du jeune juif Max Eisenhardt, héros de la BD Magneto Testament, disponible au local de l'AFMA.


En VF:
"La puissance des Etats repose sur les Grands Hommes qui se sont révélés à eux au moment opportun." Frédéric le Grand.




En VF:
"Ce qui ne me tue pas me rend plus fort." Nietzche.


En VF:
"Promotion pour le Crâne Rouge. Agit de sa propre initiative à l"image des SS. Vient d'être promu au même niveau qu'Himmler en récompense. La Bohême et la Moravie de nouveau dans le Reich."


Page intérieure: dessin de Mirko Colak
Couvertures de David Aja


Remerciements à F. Faurie pour la traduction des couvertures ci-dessus.
L'éditeur de comics (BD américaines) Marvel a eu récemment la bonne idée de sortir une mini-série en 5 parties intitulée MAGNETO: TESTAMENT.
 
Pour les néophytes il faut rappeler qu'au début des années 60, en pleine Guerre Froide, l'éditeur américain Marvel Comics et son créateur Stan Lee (de son vrai nom Lieber) créent les "X-Men", de jeunes adolescents "mutants" mettant leurs super-pouvoirs acquis à la puberté au service du Bien.
 
Les "mutants" sont des êtres ayant acquis au cours de leur adolescence des pouvoirs surhumains (conséquence probable d'Hiroshima et de Nagasaki) : par exemple, tandis que Marvel Girl lit dans les esprits, Iceman contrôle la glace. Leur mentor, le Professeur Xavier - sorte de métaphore de Martin Luther King - désire que les mutants vivent en harmonie - et sans violence - avec les êtres humains dits "normaux" alors qu'ils sont mis au ban de la société car "différents".
 
L'ami de Charles Xavier, Maximilian Eisenhardt, a non seulement subi la Shoah mais devenant lui même un mutant contrôlant le magnétisme, il est  lui aussi discriminé à l'âge adulte car jalousé par l'homo sapiens de base. Max, qui deviendra par la suite Magneto, estime que les mutants ou "homo superior" doivent s'imposer dans la société, même par la violence. Il est un peu le Malcolm X des comics.

 

Magneto vu par Jim Lee (X-Men # 1, 1991)
 
Vous l'aurez compris, le combat de Xavier et Magneto sont des parallèles évidents avec l'Antisémitisme des années 30-40 et le grand Mouvement américain des Droits Civiques des Noirs des années 60.
 
De plus, à l'aube des années 2000, soit peu de temps après la reprise des hostilités au Moyen-Orient, les scénaristes de Marvel imaginent Magneto exigeant des Nations-Unies l'acquisition manu militari de "Genosha", île fictive près de Madagascar. Magneto en fait un pays pour ses confrères homo superior. Un parallèle très clair avec l'histoire d'Israël...
 
45 ans après la création de Magneto, l'auteur Greg Pak contacte Mark Weitzman du célèbre Centre Simon Wiesenthal afin de donner une origine définitive et fidèlement historique au jeune Max durant les noires années de l'Allemagne Nazie.
Vous trouverez ci-dessous les couvertures américaines de cette mini-série.
 
Nous avons contacté Panini Comics France afin que cette série voie le jour en français en 2009. Elle s'adresse à tous les enseignants et scolaires désireux d'en savoir plus sur l'Holocauste en bandes dessinées.
 
 
Dans ce 1er numéro nous faisons connaissance avec le jeune Max Eisenhardt, Juif Allemand, et de sa famille. Max est secrètement amoureux de Magda, la jeune Tzigane, employée de ménage dans son école. Le papa de Max, bijoutier, subit les 1ères lois de Nuremberg de 1935 et Max, doué en sport à l'école et haï par son principal est expulsé de son établissement scolaire...

Scénario: Greg Pak

Artistes: Di Giandomenico / Hollingsworth

Couverture: Marko Djurdjevic

Sortie USA: septembre 2008


Dans ce 2ème numéro Max et son père se rendent à Berlin pour demander à un ami militaire une faveur: retrouver le droit de travailler. Nous sommes en 1936 en plein Jeux Olympiques. C'est peine perdue. Deux ans plus tard, en pleine Nuit de Crystal, les Eisenhardt doivent quitter l'Allemagne et se réfugient en Pologne. Mais les chars allemands ne sont pas loin...

Scénario: Greg Pak

Artistes: Di Giandomenico / Hollingsworth

Couverture: Marko Djurdjevic

Sortie USA: octobre 2008
3ème partie:

La famille de Max se retrouve en Pologne alors que l'Allemagne est entrée dans Varsovie. Les Einsatzgruppen (forces opérationnelles nazies anti-juifs et anti-intellectuels) sont à leurs trousses. De 40 à 42 les Einsenhardt subissent le calvaire du ghetto de Varsovie. Alors qu'ils s'en échappent miraculeusement, un passeur leur propose de franchir la Vistule. Hélas le passeur a vendu son âme à l'ennemi. Toute la famille de Max est alors, sous ses yeux, sommairement exécutée. Les pouvoirs magnétiques latents du jeune Max lui permettent de survivre au massacre mais il est vite alpagué et mis dans un train... pour Auschwitz...

Scénario: Greg Pak

Artistes: Di Giandomenico / Hollingsworth

Couverture: Marko Djurdjevic

Sortie USA: novembre 2008


4ème partie:

Septembre 42. Le convoi transportant Max arrive à Oswiecim rebaptisée Auschwitz I par les Nazis. Il y retrouve un de ses enseignants; Kalb, vu dans le 1er épisode et qui avait commis l'erreur de défendre les prouesses sportives de Max. Kalb lui conseille vivement de dire qu'il a 18 ans afin d'échapper à la "sélection".
En quelques minutes Max est rasé, douché à l'eau glaciale et devenu un matricule. Kalb lui obtient une place "privilégiée" de Sonderkommando au kanada: lieu de tri des biens des déportés. Max récupère les vêtements de ces hommes, femmes et enfants envoyés à la chambre à gaz (la double page arborant les milliers de lunettes est terrifiante).
Deux ans plus tard, et ce à l'instar du livre "Des Voix sous la Cendre" (recueil édité chez Calmann-Lévy) Max fait passer secrètement pour la postérité le message "plus jamais ça".
Alors qu'il est désespéré, lessivé, traumatisé, Max voit derrière des barbelés un visage familier, celui de Magda, son amour secret...


Scénario: Greg Pak

Artistes: Di Giandomenico / Hollingsworth

Couverture: Marko Djurdjevic

Sortie USA: décembre 2008

Note: Nous vous recommandons également, à vous internautes qui nous lisez, et plus particulièrement à vos enfants ou petits-enfants, le film X-Men (réalisé par Bryan Singer en 2000) dont la scène d'ouverture met en scène le jeune Max aux portes d'Auschwitz, alors qu'il est séparé de ses parents par les SS.


Dans cet ultime numéro Max et ses comparses Sonderkommando espèrent un bombardement Allié des Camps. En vain. Nous sommes le 31 mai 1944. Grâce à ses relations et à quelques actes de corruption Max fait passer à Magda, la jeune Tzigane, des médicaments et de la nourriture. Alors que le massacre des Juifs Bulgares bat son plein à Birkenau Max aide Magda à échapper à la Zigeunernacht (la nuit du 2 août 44 où le camp Tzigane fut liquidé). En octobre 44 il participe à la révolte des Sonderkommando et au dynamitage du Crématorium IV. Deux SS meurent pour 200 Juifs en représailles.
Septembre 48: Max retrouve le mot dans les ruines du camp qu'il avait laissé à la postérité: "Plus jamais ça".

Scénario: Greg Pak

Artistes: Di Giandomenico / Hollingsworth

Couverture: Marko Djurdjevic

Sortie USA: janvier 2009

Maus est la représentation en bande dessinée des souvenirs d’un père ayant survécu à la Shoah. Elle a été débutée en 1978, achevée en 1991, et a reçu le prix Pullitzer. C’est l’histoire d’une souris poursuivie  par un chat, du port discriminant de l’étoile jaune aux camps d’extermination. C’est aussi l’histoire d’un fils (l’auteur Art Spiegelman lui-même) traquant son père pendant des années, le contraignant à transmettre l’histoire de sa vie de 1939 à 1945, afin de se conformer à l’obligation de se souvenir. C’est enfin l’histoire de la création d’une œuvre infernale, dans la souffrance et le doute.

Maus va dans le sens de tous les témoignages des rescapés des camps, et comme les autres récits, renchérit dans l’atroce. Les rares moments de répit, de gestes ou sentiments humains, ne font que rendre le récit encore plus insoutenable. Maus ajoute toutefois une nouvelle dimension à l’horreur par le choix a priori discutable de la bande dessinée, genre estimé mineur. La force de cette œuvre est de raviver ce que l’on sait de la Shoah, en provoquant d’une façon nouvelle, nous donnant littéralement à voir cette réalité.

Au plan formel, la sobriété du graphisme renvoie à celle de l’écriture concentrationnaire, telle que l’ont choisie Primo Lévi, Imre Kertész ou encore Elie Wiesel. L’œuvre cite d’ailleurs Samuel Beckett : « chaque mot est comme une tache inutile sur le silence et le néant ».Le trait est dur, épuré, épais, monochrome. Le dessin ne romance en rien la réalité, dont il rend compte l’indicible noirceur. Il a peut-être aussi un sens plus métaphysique : s’agit-il de rendre compte de l’essence de l’existence de ces souris, qui se réduisait à sa plus pure expression, c’est-à-dire la vie et la mort ? Il reflète la simplicité et la sobriété du récit du père, qui ne verse jamais dans le pathos.

L’autre trait frappant est le choix de représentation des personnes par des hybrides d’hommes et de bêtes : la souris c’est le juif (souris en allemand se dit justement Maus), le chat : l’allemand, le chien : l’américain (si quelqu’un a compris pourquoi, qu’il me fasse signe), la grenouille : le français (pareil)…S’agit-il d’un renvoi aux Fables de La Fontaine, et du constat amer et ironique que l’on se trouve ici par delà la morale ? De façon plus terre-à-terre, l’auteur veut-il signifier que le monde est soumis à la loi de la jungle ? En tout cas, cela rend compte de la négation de l’individu au profit du groupe. L’on ne vaut (et vit) pas pour et par soi-même, mais l’on est rattaché de façon presque essentielle à une espèce particulière confrontée à une autre. Voilà pourquoi Art se représente en souris également. D’où l’importance pour se connaitre soi de comprendre le passé de sa propre espèce.

En effet, Maus n’est pas tant l’histoire d’un survivant que d’un survivant aux survivants. Il montre un homme, l’auteur, hanté par ce passé qui le nie autant qu’il le définit. Lui qui est venu « après » vit dans l’ombre de ses morts et des rescapés, avec la culpabilité d’être en vie qui va avec. C’est très évident à la lecture de la bande dessinée intercalée et qui pourrait être indépendante de Maus : Prisonnier de la planète Enfer. Maus apparaît donc à la fois comme un hommage et une accusation. Mais A.Spiegelman est-il vraiment un survivant ou fait-il partie de ces morts autour desquels s’articule l’œuvre ? En effet trois photographies les représentant y sont insérées. Les deux plus mises en évidence montrent Richieu (le premier fils adoré mort en déportation, qu’Art n’arrivera jamais à remplacer) et Vladek, le père (peu après les faits en costume tout neuf de déporté, pour la « photo souvenir » (!!!!!????!!!!)). La troisième, assez discrète, représente Anja la mère, après les camps, posant avec un garçon qui semble être son fils, c’est-à-dire Art. Est-il donc lui aussi un faux vivant, son identité étant effacée par les vrais morts ? Ainsi, non seulement Maus est-il une exhortation à se souvenir mais aussi un exorcisme afin de se retrouver.

Maus me fait beaucoup penser à Perec et son W ou le souvenir d’enfance. L’œuvre fait alterner deux textes, une fiction en italiques et une autobiographie en caractères droits. La fiction raconte l’organisation du camp de W établi sur une île, s’articulant autour du sport et de la compétition et promulguant nombre de règles humiliantes. On comprend qu’il s’agit de la tentative de l’auteur d’imaginer le monde des camps (où sa mère a été déportée), mais les points de suspension surgissant d’une page blanche au milieu de l’œuvre disent l’ impossibilité de dire. Ainsi cet indicible s’engouffre dans ces points de suspension. On les retrouve dans Maus : quand il est chez le psychiatre (2è partie), l’évocation de son livre terrifie Art : « Mon livre ? Hah ! Quel livre ?? Une partie de moi ne veut pas dessiner Auschwitz ni même y penser. Je n’arrive pas à visualiser ni à imaginer ce qu’on y ressentait. »

L’œuvre cite un article de journal allemand datant du milieu des années 30 : « Mickey Mouse est l’idéal le plus lamentable qui ait jamais vu le jour…De saines institutions incitent tous les jeunes gens indépendants et toute la jeunesse respectable à penser que cette vermine dégoûtante et couverte de saletés, le plus grand porteur de bactéries du règne animal, ne peut être le type d’animal idéal…Finissons-en avec la tyrannie que les Juifs exercent sur le peuple ! A bas Mickey Mouse ! Portez la croix gammée ! ». Même si Walt Disney n’a pas dessiné la petite souris pour embêter les nazis, ça n’a pas du beaucoup le chagriner que l’on considère ainsi Mickey, car il était farouchement antinazi. Il s’exprime ainsi contre Hitler dans un dessin animé de 1942, der Führer’s face (pas facile à trouver). Et le genre du dessin animé, (même si, comme celui de la bédé, il peut sembler inapproprié) (c’est pour ça que je fais le lien, donc non, ce n’est pas hors sujet) permet une extrême violence dans la dénonciation. Ainsi ce dessin animé met en scène Donald en nouveau Chaplin, travaillant dans une usine, complètement obsédé et aliéné par l’image d’Hitler. Et franchement je n’ai pas trouvé ça drôle. J’espérais qu’ils en parlent à l’exposition Disney au Grand Palais, mais je n’ai rien vu.

Cette bande dessinée est en définitive un très grand livre.